Homme en costume gris consultant des documents à son bureau

Seuil micro entreprise : confidentialité des comptes

L’article en bref

Le décret 2024-152 a rehaussé de 25 % les seuils de classification des micro-entreprises françaises, applicables depuis le 1er janvier 2024. Cette mesure élargit l’accès à la confidentialité des comptes annuels, un dispositif stratégique pour protéger les données financières.

  • Nouveaux seuils : total de bilan inférieur à 450 000 €, chiffre d’affaires inférieur à 900 000 € et effectif moyen inférieur à 10 salariés
  • Confidentialité totale : seules les autorités judiciaires, administratives et la Banque de France peuvent consulter les comptes
  • Procédure obligatoire : la déclaration doit accompagner le dépôt au greffe, avec une attestation sur l’honneur du respect des seuils
  • Exclusions : établissements de crédit, sociétés cotées, entreprises d’assurance et structures gérant des valeurs mobilières ne peuvent pas en bénéficier
  • Renouvellement annuel : la confidentialité est valable un seul exercice et doit être redemandée chaque année

Le décret 2024-152, entré en vigueur le 28 février 2024, a rehaussé d’environ 25 % les seuils de classification des entreprises françaises. Ces nouveaux critères s’appliquent aux exercices ouverts à partir du 1er janvier 2024 et répondent à l’inflation observée entre 2013 et 2023, en alignement avec la directive déléguée (UE) 2023/2775 du 17 octobre 2023. Ces seuils déterminent immédiatement quelles structures peuvent protéger leurs données financières grâce à la confidentialité des comptes annuels, un dispositif particulièrement stratégique pour les micro-entreprises souhaitant tenir leurs chiffres à l’écart de leurs concurrents, fournisseurs ou clients.

Les seuils applicables pour bénéficier de la confidentialité des comptes en micro-entreprise

Pour être qualifiée de micro-entreprise au sens du code de commerce, une société ne doit pas dépasser deux des trois critères suivants :

  • Un total de bilan inférieur à 450 000 euros (contre 350 000 euros auparavant)
  • Un chiffre d’affaires inférieur à 900 000 euros (contre 700 000 euros sous l’ancien seuil)
  • Un effectif moyen inférieur à 10 salariés

Ce rehaussement d’environ 25 % élargit mécaniquement le nombre de sociétés éligibles à la confidentialité totale de leurs comptes, bilan, compte de résultat et annexe compris. À titre de comparaison, une petite entreprise ne peut prétendre qu’à une confidentialité partielle, limitée au seul compte de résultat, tandis qu’une moyenne entreprise dispose uniquement d’une publication simplifiée.

Le changement de catégorie n’est pas immédiat. Une société doit maintenir ou ne plus atteindre les seuils concernés sur deux exercices fiscaux consécutifs avant que la nouvelle classification soit effective. Gérer ce calendrier avec précision fait partie des obligations comptables à anticiper.

Les conditions à remplir et les entreprises exclues du dispositif de confidentialité

Respecter les seuils de la catégorie micro-entreprise ne suffit pas toujours. Certaines catégories d’entreprises sont expressément exclues du dispositif, quels que soient leurs chiffres : établissements de crédit, sociétés de financement, entreprises d’assurance et de réassurance, organismes de sécurité sociale, institutions de prévoyance, entreprises cotées sur un marché réglementé, structures faisant appel à la générosité publique, et celles dont l’activité principale consiste à gérer des titres de participation ou des valeurs mobilières.

Un cas particulier mérite attention : une micro-entreprise tête de groupe soumise à consolidation peut tout de même bénéficier de la confidentialité, à condition que son activité principale ne porte pas sur la gestion de titres de participation ou de valeurs mobilières.

Les entrepreneurs individuels et les auto-entrepreneurs relevant du régime micro-fiscal ne sont pas concernés par cette procédure. Ne déposant pas leurs comptes annuels au greffe du tribunal de commerce, la question de la confidentialité ne se pose simplement pas pour eux.

La procédure de déclaration de confidentialité lors du dépôt des comptes annuels

Quels délais respecter pour le dépôt au greffe ?

Depuis 2023, le dépôt des comptes s’effectue via le guichet unique sur la plateforme de l’INPI. Le représentant légal doit réunir les associés en assemblée générale ordinaire dans les 6 mois suivant la clôture de l’exercice, soit au plus tard le 30 juin pour un exercice clôturé au 31 décembre. Le dépôt au greffe intervient ensuite dans le mois suivant l’approbation, ou dans un délai de deux mois si réalisé en ligne, soit au plus tard le 31 juillet.

Comment formuler la déclaration de confidentialité des comptes ?

La déclaration de confidentialité doit impérativement accompagner les comptes lors du dépôt. Il est impossible de formuler cette demande après coup. Le courrier signé par le représentant légal doit mentionner l’identification de la société (raison sociale, numéro SIREN, adresse), l’exercice concerné, une attestation sur l’honneur du respect des seuils et un engagement sur la véracité des informations. Des modèles-types sont disponibles sur Légifrance et Service-public. La confidentialité étant valable pour un seul exercice, le renouvellement annuel fait partie des obligations légales à ne pas négliger. Pour les créateurs de société, anticiper ce type de formalité dès le départ, notamment via un dépôt de capital en ligne, permet de structurer les démarches administratives plus sereinement.

Quelles sont les conséquences et limites de la confidentialité des comptes pour une micro-entreprise ?

La démarche ne génère aucun coût supplémentaire. Seuls les frais habituels de dépôt des comptes annuels au greffe restent dus. Une fois la confidentialité accordée, la consultation des comptes devient accessible uniquement aux autorités judiciaires, aux autorités administratives et à la Banque de France. Concurrents, créanciers et clients n’y ont plus accès.

Le greffe vérifie la conformité formelle de la demande, sans contrôler les seuils déclarés. La responsabilité repose entièrement sur le représentant légal. Toute fausse déclaration constitue un faux et usage de faux, passible des peines prévues aux articles 441-1 et suivants du code pénal.

Après validation, le greffe insère la déclaration dans l’avis publié au BODACC et délivre un certificat de non-communication aux tiers. Les comptes sont transmis au registre national des entreprises (RNE) et publiés sur Data Inpi, mais protégés par la mention de confidentialité. La directive européenne CSRD sur la durabilité renforce d’ailleurs l’intérêt de maîtriser ces niveaux de transparence obligatoire, car le rehaussement des seuils réduit le nombre de structures soumises aux rapports de durabilité.

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