L’article en bref : Un accident du travail déclenche immédiatement une protection spécifique, sans délai de carence.
- Indemnités CPAM dès le premier jour : 60 % du salaire journalier pendant 28 jours, puis 80 % ensuite, avec prélèvement de 21 %
- Complément employeur : 90 % de la rémunération brute les 30 premiers jours, puis 66,66 %, sous conditions d’ancienneté
- Après consolidation : taux d’IPP inférieur à 10 % = capital unique ; égal ou supérieur à 10 % = rente viagère
- Faute inexcusable : indemnisation multipliée par 2 à 5 avec réparation des préjudices moraux et esthétiques
- Accident de trajet : même protection, possibilité de recours contre un tiers responsable pour indemnisation intégrale
Un accident survenu sur le lieu de travail déclenche immédiatement un régime de protection spécifique, bien distinct d’un arrêt maladie ordinaire. La différence la plus frappante : aucun délai de carence ne s’applique, contrairement aux 7 jours habituels pour une maladie non professionnelle. Dès le premier jour, deux mécanismes se cumulent pour protéger le revenu du salarié : les indemnités journalières versées par la CPAM et l’indemnisation complémentaire à la charge de l’employeur. Comprendre ces dispositifs permet de mieux anticiper, déclarer et, si nécessaire, contester.
Les indemnités journalières versées par la CPAM en cas d’accident du travail
La Caisse primaire d’assurance maladie verse des indemnités journalières dès le premier jour d’arrêt de travail, sans attendre. C’est l’avantage décisif du régime accident du travail par rapport à l’arrêt maladie classique.
Le calcul repose sur le salaire journalier de référence : le salaire brut du mois précédant l’arrêt divisé par 30,42. Du 1er au 28e jour, l’indemnité correspond à 60 % de ce salaire journalier, puis passe à 80 % à partir du 29e jour. Des plafonds s’appliquent : 206 € maximum pour les 28 premiers jours, puis 274 € au-delà. Le salaire journalier de référence ne peut pas dépasser 386,70 €. Ces montants subissent un prélèvement forfaitaire de 21 % (CSG à 6,2 % et CRDS à 0,5 %).
Exemple concret pour un salaire de 2 400 € bruts
Prenons un salarié percevant 2 400 € bruts mensuels. Son salaire journalier de référence s’élève à 78,89 €. Pendant les 28 premiers jours, il reçoit 47,33 € par jour. À partir du 29e jour, ce montant monte à 63,11 € par jour, avant prélèvement. Un suivi rigoureux de ces versements, notamment via les indicateurs RH clés de pilotage des ressources humaines, aide les équipes RH à anticiper l’impact sur la masse salariale.
Le maintien de salaire complémentaire versé par l’employeur
Au-delà des versements de la Sécurité sociale, l’employeur doit compléter la rémunération du salarié, sous conditions précises. Il faut justifier d’au moins un an d’ancienneté, produire un certificat médical dans les 48 heures, et que la déclaration accident soit dûment effectuée. Certains profils, comme les travailleurs saisonniers ou intérimaires, peuvent être exclus, sauf convention collective plus favorable.
Les taux applicables sont les suivants :
- 90 % de la rémunération brute pendant les 30 premiers jours d’arrêt
- 66,66 % pendant les 30 jours suivants
Ces durées augmentent selon l’ancienneté : pour un salarié justifiant de 6 à 11 ans, elles passent à 40 jours par période. Pour 31 ans et plus, chaque période atteint 90 jours. Depuis le 1er avril 2025, le plafond des revenus pris en compte pour calculer les indemnités journalières a été abaissé de 1,8 SMIC (3 243,24 € bruts) à 1,4 SMIC (2 522,52 € bruts), ce qui accroît mécaniquement la part complémentaire à la charge de l’employeur. Le complément versé se calcule déduction faite des indemnités CPAM, pour ne jamais dépasser la rémunération nette habituelle du salarié.
Ce qui se passe après la consolidation et en cas de séquelles permanentes
La consolidation marque la stabilisation de l’état de santé de la victime. Les indemnités journalières cessent à cette date. Si des séquelles persistent, le médecin-conseil de la CPAM fixe un taux d’IPP (incapacité permanente partielle).
Deux scénarios distincts s’ouvrent alors :
- Taux inférieur à 10 % : versement d’un capital en une seule fois
- Taux égal ou supérieur à 10 % : attribution d’une rente viagère
La frontière entre ces deux seuils est donc déterminante. Un cariste d’Essonne, victime d’un accident en septembre 2023, s’était vu attribuer un taux d’IPP de 5 % par la CPAM. Après contestation, il a obtenu 12 %, déclenchant le droit à une rente plutôt qu’un simple capital. Pour contester, la victime saisit la Commission médicale de recours amiable dans un délai de deux mois après notification. En cas d’échec, le pôle social du tribunal judiciaire constitue le recours suivant.
Indemnisation majorée et recours en cas de faute inexcusable de l’employeur ou d’accident de trajet
Faute inexcusable : quand l’indemnisation peut être multipliée par 5
La faute inexcusable est retenue lorsque l’employeur avait conscience du danger auquel le salarié était exposé sans prendre les mesures nécessaires. Sa reconnaissance permet une majoration de la rente d’incapacité permanente à son maximum, plus l’indemnisation de préjudices habituellement exclus : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d’agrément. Le montant total peut ainsi être multiplié par 2 à 5. Une aide-soignante du Nord, victime d’une hernie discale faute d’équipements de protection, a obtenu 38 000 € supplémentaires en plus de sa rente grâce à cette reconnaissance. Gérer ces situations complexes implique notamment de surveiller les absences injustifiées pour licencier un salarié dans le respect du cadre légal.
Accident de trajet et recours contre un tiers responsable
L’accident survenant entre le domicile et le lieu de travail bénéficie du même régime de protection que l’accident du travail sur le volet Sécurité sociale. Lorsqu’un tiers responsable est impliqué, la victime peut engager un recours en indemnisation intégrale : déficit fonctionnel temporaire, perte de gains professionnels, préjudice esthétique. Un technicien BTP des Bouches-du-Rhône s’était vu proposer 3 200 € par l’assurance adverse ; après expertise et intervention d’un avocat spécialisé en dommage corporel, il a obtenu 19 000 €. L’association AVF (Association d’Aide aux Victimes de France), association loi 1901 reconnue d’intérêt général, met gratuitement en relation les victimes avec des avocats compétents pour défendre ces droits.

