En 2023, plus de 520 000 ruptures conventionnelles ont été signées en France, illustrant l’essor de cette séparation consensuelle entre salarié et employeur.
- La rupture conventionnelle permet de mettre fin à un CDI sans licenciement ni démission, par accord mutuel formalisé.
- La demande initiale n’impose aucun formalisme, mais une lettre recommandée reste fortement conseillée pour sécuriser la procédure.
- La procédure légale comprend quatre étapes : demande, entretien préalable, signature de convention et homologation par la DDETSPP en 15 jours ouvrables.
- L’indemnité de rupture ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement, soit un quart de mois par année d’ancienneté minimum.
- Contrairement à une démission, la rupture conventionnelle ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) auprès de France Travail.
Plus de 520 000 ruptures conventionnelles ont été signées en France en 2023, selon les données du ministère du Travail. Ce chiffre illustre à quel point cette séparation consensuelle est devenue un réflexe courant pour mettre fin à un contrat de travail CDI sans passer par la case licenciement ou démission. Salarié et employeur s’accordent sur les conditions de la rupture, puis formalisent leur accord mutuel par une convention. Voici comment construire votre lettre de demande et piloter la procédure de bout en bout.
Comment rédiger et envoyer votre demande de rupture conventionnelle ?
La loi n’impose aucun formalisme pour la demande initiale de rupture à l’amiable. Un contact téléphonique, une entrevue ou un simple mail suffisent techniquement. Pourtant, un écrit reste fortement conseillé pour sécuriser chaque étape et conserver une trace.
Que mentionner dans votre lettre de demande ?
Avant d’envoyer quoi que ce soit, prévoyez un échange oral avec votre employeur. Cela facilite l’acceptation et évite de le prendre de court. La lettre recommandée avec accusé de réception reste le canal le plus sûr. Envoyez-la un à trois mois avant la date de départ envisagée pour laisser le temps à la négociation.
La lettre de rupture doit être adressée directement au représentant légal de l’entreprise et comporter plusieurs éléments :
- Votre nom complet et votre fonction (intitulé du poste)
- La date d’émission, le nom de l’entreprise et l’objet de la lettre
- La référence à l’article L. 1237-11 du Code du travail, le nom d’un éventuel conseiller du salarié et la date de départ souhaitée
Adoptez un ton direct et professionnel. Annoncez clairement votre volonté de rompre le contrat, nuancez avec des remarques positives sur votre parcours dans l’entreprise, et évitez tout règlement de comptes susceptible de nourrir un contentieux. Préparez en amont vos objectifs de négociation : montant d’indemnité souhaité, date idéale de fin de contrat. Gardez une copie de chaque échange, lettre ou mail.
Les étapes clés de la procédure de rupture conventionnelle
La procédure légale se déroule en quatre temps distincts. Bien les maîtriser évite les erreurs qui entraînent un refus d’homologation.
De la demande à la signature de la convention
La demande de rupture peut venir du salarié ou de l’employeur. Aucune des deux parties n’est obligée d’accepter, même si la demande arrive plusieurs fois par courrier. Le refus ne doit jamais être discriminatoire ou malveillant.
Vient ensuite l’entretien préalable, moment central où les deux parties définissent les modalités de rupture : date de fin de contrat et montant d’indemnité. Le salarié peut se faire assister par un autre salarié ou un conseiller extérieur. Si l’entreprise compte moins de 50 salariés, l’employeur peut lui aussi s’appuyer sur un représentant du personnel ou un membre de son organisation syndicale.
La convention de rupture est ensuite rédigée, signée et datée. L’employeur remet obligatoirement un exemplaire au salarié, précédé des mentions manuscrites « lu et approuvé ». Si vous envisagez plutôt de démissionner pour créer votre entreprise, les droits associés diffèrent sensiblement.
Rétractation et homologation par la DDETSPP
Un droit de rétractation de 15 jours calendaires s’ouvre dès le lendemain de la signature pour l’employeur comme pour le salarié. Aucun motif n’est requis ; une lettre recommandée suffit. La demande d’homologation part ensuite à la DDETSPP, qui dispose de 15 jours ouvrables pour vérifier la validité de la convention. Sans réponse dans ce délai, l’homologation est tacite. Pendant toute cette période, le salarié continue à travailler normalement. Pour les salariés protégés, le CSE doit être consulté et c’est l’inspecteur du travail qui statue, via le formulaire cerfa n°14598 si le téléservice TéléRC n’est pas accessible.
Droits et indemnités du salarié à l’issue de la rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle ouvre des droits financiers précis. L’indemnité de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement, soit au moins un quart de mois de salaire par année d’ancienneté. C’est un plancher, pas un plafond : la négociation peut aboutir à une indemnité plus généreuse.
Le salarié perçoit aussi l’ensemble des éléments de rémunération dus à la date de rupture, ainsi qu’une indemnité compensatrice de congés payés si tous ses congés acquis n’ont pas été pris. Vous pouvez également consulter les dispositifs comme le congé de reclassement si votre entreprise propose un accompagnement à la transition.
Contrairement à une démission classique, la rupture à l’amiable ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) auprès de France Travail, sous réserve de remplir les conditions d’éligibilité. Aucun délai de préavis n’est imposé : la date de départ est librement fixée par les deux parties dans le respect des délais légaux.
Tout recours contre la convention ou son homologation doit être porté devant le conseil de prud’hommes dans les 12 mois suivant la date d’homologation. La rupture peut être annulée si le consentement libre du salarié n’était pas garanti, notamment en cas de harcèlement moral ou de pression exercée par l’employeur. Dans ce cas, des indemnités prévues pour les situations de licenciement abusif peuvent s’appliquer. Autant dire que la bonne foi des deux parties reste la meilleure garantie d’une solution amiable durable.

