La réforme du 1er juillet 2025 simplifie la saisie sur salaire pour loyers impayés en confiant le processus aux commissaires de justice.
- Procédure accélérée : Le commissaire de justice gère seul tout le processus sans intervention judiciaire préalable pour les dettes inférieures à 5 000 euros
- Délais raccourcis : Un registre numérique centralisé remplace l’ancien système, réduisant considérablement les délais de prélèvement
- Barème de saisie progressif : Le montant prélevé mensuellement varie selon tranches de revenus, avec un minimum insaisissable de 646,52 euros
- Droits du locataire préservés : Contestation possible dans un délai d’un mois, recours au juge de l’exécution et accès à la Commission de surendettement
Environ 1,5 million de ménages se trouvent chaque année en situation de retard ou d’impayés de loyer en France. Un propriétaire sur deux a déjà subi un impayé, et environ 25 000 expulsions locatives ont eu lieu en 2024. Face à cette réalité, la procédure de saisie sur salaire pour loyer impayé a été profondément réformée par la loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 et le décret n° 2025-125 du 12 février 2025, entrée en vigueur le 1er juillet 2025. Désormais, les commissaires de justice gèrent l’ensemble du processus sans passer par le tribunal, ce qui produit un effet dissuasif réel sur les mauvais payeurs.
Loyers impayés : une réalité qui fragilise les bailleurs
Les loyers impayés touchent chaque année 1,5 million de ménages en France. Un tiers d’entre eux reçoivent un commandement de payer. La tension locative a atteint des niveaux critiques en 2025, avec environ 25 000 expulsions prononcées en 2024 et un propriétaire sur deux confronté à au moins un impayé au cours de sa vie de bailleur.
Avant la réforme, les procédures de recouvrement étaient particulièrement lourdes. Le délai moyen entre le premier impayé et le premier prélèvement effectif sur salaire atteignait 3 à 6 mois, parfois bien davantage. Cette lenteur fragilisait directement les bailleurs aux revenus modestes, pour qui le loyer constitue souvent le seul revenu complémentaire.
Des solutions préventives existent pourtant : l’assurance loyers impayés (GLI), la caution d’un tiers, ou encore la garantie Visale proposée par Action Logement pour certains profils de locataires. Ces dispositifs restent sous-utilisés, alors qu’ils permettent d’éviter l’engagement d’une procédure longue et coûteuse.
Ce qui a changé avec la réforme du 1er juillet 2025
Avant cette réforme, la procédure simplifiée n’existait pas. Le bailleur devait saisir le juge de l’exécution par requête, subir une audience de conciliation systématique puis attendre l’ordonnance du juge. Le greffe du tribunal gérait les fonds reçus sans aucun registre centralisé. Une année entière pouvait s’écouler entre le premier impayé et le premier prélèvement effectif.
La loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 et le décret n° 2025-125 du 12 février 2025 ont tout simplifié. Depuis le 1er juillet 2025, le commissaire de justice pilote seul la procédure, de la signification du commandement jusqu’à la mainlevée. Un registre numérique des saisies des rémunérations, accessible uniquement aux commissaires de justice, centralise tous les dossiers en temps réel.
Ce changement accélère les délais, réduit les frais et supprime les allers-retours au tribunal. Maître Cyril Sabatié, avocat au Barreau de Paris spécialisé en droit immobilier, a souligné que cette réforme restitue aux bailleurs un outil opérationnel concret face aux impayés de loyer chroniques. Pour comprendre comment le salaire net du locataire est calculé avant application du barème, vous pouvez consulter notre guide sur le calcul du salaire brut en net.
Les étapes de la procédure de saisie sur salaire pour loyer impayé
La procédure de saisie sur salaire suit cinq étapes strictement ordonnées, avec des délais impératifs à respecter sous peine de caducité. Pour les litiges inférieurs à 5 000 euros, aucune intervention préalable du juge n’est requise. Au-delà, un titre exécutoire obtenu via une injonction de payer ou une décision de justice reste indispensable. Les frais de procédure sont mis à la charge du débiteur défaillant.
Étape 1 : obtenir un titre exécutoire constatant la dette locative
Aucune saisie sur salaire ne peut démarrer sans titre exécutoire. Ce titre peut prendre la forme d’une décision de justice, d’une injonction de payer définitive ou d’un acte notarié avec formule exécutoire. La créance doit répondre à deux paramètres : être liquide (montant chiffré et non contesté) et satisfaire à l’exigibilité (paiement arrivé à échéance). L’injonction de payer dure généralement 1 à 2 mois et reste la voie la plus rapide. Pour les dettes dépassant 10 000 euros, la présence d’un avocat est obligatoire.
Étape 2 : signifier un commandement de payer au locataire
Le commissaire de justice signifie un commandement de payer au locataire débiteur. Le coût de cette signification se situe entre 90 et 150 euros. Ce document doit mentionner l’identité des parties, le titre exécutoire, le décompte des sommes dues en principal, frais et intérêts, la sommation de payer dans un délai d’un mois, les voies de recours et la possibilité de déposer un dossier de surendettement auprès de la Commission de surendettement de la Banque de France. Le commandement doit être inscrit au registre numérique le jour même ou le premier jour ouvrable suivant, sous peine de caducité.
Étape 3 : établir le procès-verbal de saisie et le signifier à l’employeur
Sans paiement ni accord après un mois, le commissaire de justice établit un procès-verbal de saisie qu’il signifie à l’employeur dans un délai maximum de trois mois. Au-delà, le commandement devient caduc. Ce procès-verbal identifie le débiteur, fixe l’obligation mensuelle de l’employeur, précise les coordonnées du commissaire répartiteur et détaille le décompte de la dette. Il doit être accompagné d’un certificat attestant l’absence de contestation dans le mois, et inscrit au registre numérique le jour même.
Étape 4 : notifier la saisie au locataire dans les 8 jours
Après la signification du procès-verbal à l’employeur, le commissaire de justice dispose de 8 jours pour notifier l’acte de saisie au locataire. Sans cette notification dans le délai imparti, l’acte est invalide. Ce document précise le tribunal compétent pour toute contestation et indique que la saisie se poursuit sans nouveau commandement en cas de changement d’emploi.
Étape 5 : le commissaire de justice répartiteur prend en charge le recouvrement
Le commissaire répartiteur, désigné sur la liste tenue par la Chambre nationale des commissaires de justice, reprend les missions autrefois confiées au greffe du tribunal. Il vérifie le calcul des quotités saisissables, reçoit les fonds de l’employeur, les redistribue entre les créanciers au moins toutes les 6 semaines avec un décompte détaillé des frais de répartition. En cas de mainlevée, il informe l’employeur dans les 8 jours et radie le procès-verbal du registre.
Le calcul du montant saisissable sur le salaire du locataire
Le montant prélevé chaque mois repose sur un barème de saisie progressif appliqué au salaire net après déduction des cotisations sociales. Ce calcul progressif varie selon les tranches de revenus.
- Jusqu’à 370 euros : 1/20e, soit 18,50 euros
- De 370,01 à 721,67 euros : 1/10e, soit 53,67 euros cumulés
- De 721,68 à 1 074,16 euros : 1/5e, soit 124,17 euros cumulés
- De 1 074,17 à 1 424,17 euros : 1/4, soit 211,67 euros cumulés
- De 1 424,18 à 1 775 euros : 1/3, soit 328,61 euros cumulés
- De 1 775,01 à 2 133,33 euros : 2/3, soit 567,50 euros cumulés
- Au-delà de 2 133,33 euros : la totalité de l’excédent est saisie
La majoration charges familiales s’applique pour chaque personne à charge : 143,33 euros par mois s’ajoutent au salaire avant application du barème. Le minimum insaisissable, correspondant au RSA, s’établit à 646,52 euros depuis le 1er avril 2025. Si la fraction saisissable venait à priver le locataire de ce minimum vital, la retenue est réduite d’office.
Les droits et recours du locataire face à une saisie sur salaire
Le locataire dispose de plusieurs leviers. Dans le délai d’un mois suivant la signification du commandement, toute contestation suspend automatiquement la procédure. Après le déclenchement de la saisie, il peut saisir le juge de l’exécution de son lieu de domicile à tout moment, mais sans effet suspensif automatique.
Les motifs recevables de contestation incluent la prescription de la créance (trois ans pour les loyers), une dette déjà payée, un montant erroné, une irrégularité de procédure ou un vice de forme. Le juge dispose d’une palette étendue : annulation totale de la saisie, réduction du montant, octroi de délais de paiement jusqu’à 24 mois, modulation de la quotité saisissable en situation exceptionnelle.
Le locataire peut aussi proposer un protocole d’accord amiable via le commissaire de justice, ce qui suspend la saisie pendant toute la durée d’exécution. La Commission de surendettement de la Banque de France constitue une autre issue : dès la déclaration de recevabilité, toutes les procédures sont suspendues, et un plan de redressement peut s’étendre jusqu’à 7 ans. Pour les locataires victimes d’un licenciement économique, le maintien du salaire est parfois possible via un contrat de sécurisation professionnelle pendant un an, ce qui modifie le calcul des montants saisissables.
Les obligations de l’employeur et les effets sur le locataire salarié
Dans les 15 jours suivant la signification du procès-verbal de saisie, l’employeur doit transmettre au commissaire répartiteur la situation du débiteur, le montant du salaire du mois suivant, ainsi que les autres saisies, SATD ou paiements directs de pensions alimentaires en cours. Cette obligation d’information est stricte.
Chaque mois, l’employeur retient la fraction saisissable du salaire et la verse au commissaire répartiteur. En cas d’événement suspendant ou mettant fin à la saisie, il dispose de 8 jours pour en informer le commissaire. Tout manquement expose l’employeur à une amende civile pouvant atteindre 10 000 euros, auxquels peuvent s’ajouter des dommages et intérêts.
La retenue sur salaire apparaît obligatoirement sur le bulletin de paie. L’employeur ne peut en aucun cas licencier un salarié pour ce motif, sous peine de nullité absolue du licenciement. Si le locataire change d’employeur, la saisie le suit automatiquement. Il doit déclarer ce changement au commissaire dans les 8 jours, sous peine de sanctions pénales. Les allocations chômage (ARE versée par Pôle Emploi), les indemnités journalières de maladie et les pensions de retraite restent saisissables selon le barème. En revanche, le RSA, l’ASS et l’AAH sont totalement insaisissables.
Les limites de la réforme et les conseils pratiques pour bailleurs et locataires
La saisie sur salaire n’est utile que si le locataire occupe un emploi déclaré. Quand le loyer mensuel dépasse la quotité saisissable maximale, la dette s’accumule sans recouvrement total possible. Pour une rémunération comprise entre 1 074,17 et 1 424,17 euros, le plafond de saisie s’arrête à 211,67 euros par mois. Si le loyer dépasse ce montant, le remboursement ne sera jamais complet.
Certains locataires utilisent des contestations successives pour ralentir la procédure, d’autres organisent leur insolvabilité apparente. La juriste Boydo Balde, spécialisée en droit de la consommation et droit immobilier depuis 2015, rappelle que dans ces cas une procédure judiciaire d’expulsion assortie d’une condamnation en paiement reste souvent plus adaptée. Pour les indemnités relevant de l’article 62 du CGI sur l’imposition des rémunérations, des règles spécifiques s’appliquent au calcul de la fraction saisissable.
Pour les bailleurs, voici les étapes à respecter :
- Réagir dès 2 mois d’impayés avec une mise en demeure recommandée
- Vérifier la solvabilité du locataire avant d’engager une saisie
- Engager la procédure judiciaire après 3 mois et envisager une assurance loyers impayés pour l’avenir
Pour les locataires, ne jamais ignorer un commandement de payer reste la règle absolue. Vérifier la régularité de la procédure, conserver tous les justificatifs de paiement et anticiper un recours à la Commission de surendettement de la Banque de France dès que la situation devient compromise permet d’éviter une liquidation subie de sa situation financière. L’inscription au fichier FICP de la Banque de France, qui peut durer 5 ans, incarne une conséquence durable à ne pas négliger.

